Centre justice et foi
 
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Relations no 790
mai-juin 2017

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 Article - REVUE RELATIONS

  Le sens du politique

Jean-Claude Ravet

L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois sur la scène politique est une bonne nouvelle pour Québec solidaire (QS) au moment où Françoise David, un pilier historique de ce parti, tire sa révérence. Ce jeune militant du mouvement étudiant a fait ses preuves comme analyste politique dans les médias ces dernières années. Il a notamment démontré un jugement politique remarquable et une capacité de vulgariser d’importants enjeux de société dans une perspective de gauche, sans compromission à l’égard de la justice sociale et du bien commun. En cela, il serait certainement un atout comme député à l’Assemblée nationale et porte-parole de QS, en particulier pour permettre au parti de franchir le « mur des régions ».
 
Mais son entrée en politique est aussi de bon augure pour la société québécoise dans son ensemble. En tant que figure emblématique du « printemps érable », puis comme artisan du récent processus de consultation citoyenne « Faut qu’on se parle », mené à travers le Québec, il a su injecter un dynamisme démocratique rafraîchissant dans l’espace public, qui en a bien besoin. La déferlante de nouveaux membres qui rallient QS grâce à lui en témoigne. Il est bon de se rappeler de temps à autre que la politique ne se réduit pas aux « vraies affaires » – pour reprendre le slogan du gouvernement Couillard qui traduit bien la colonisation du domaine politique par la logique néolibérale – et que la démocratie ne se réduit pas à jouer les ventriloques de la majorité silencieuse. Au fondement du politique, il y a l’engagement citoyen et le partage collectif de la parole en vue de discerner ensemble démocratiquement les grandes orientations de la société et du bien commun. Et s’y tenir.
 
Par ailleurs, ce renforcement de QS aura peut-être aussi comme vertu de détourner Jean-François Lisée d’une tentation qui le démange : celle de se tourner vers la Coalition Avenir Québec pour jouer la carte identitaire, risquant ainsi d’affaiblir le mouvement indépendantiste. Car la question identitaire, c’est le pain béni des libéraux ; ils s’en servent en maîtres comme d’un épouvantail. Et si, plus largement, la droite y tient tellement, c’est qu’elle n’a rien à proposer politiquement, économiquement et socialement à la société prise dans les mailles du tout-au-marché financier et du contrôle sécuritaire tentaculaires. Comme elle a une peur atavique de l’action collective et de la participation citoyenne, vouant un culte aveugle à l’ordre, elle se rabat sur une mémoire et une identité classées, figées, réifiées, pour ne pas dire fichées. Le passé, garant de l’avenir, fait toujours autorité pour elle et détermine le présent.
 
Or, une « politique » tournée vers l’identité nationale est stérile, précisément parce qu’elle n’est pas politique. Cela ne veut pas dire que la culture et la langue n’imprègnent pas la politique, à moins de considérer cette dernière comme la chasse gardée d’une élite technocratique en attendant de lui substituer la gouvernance des algorithmes, en cette ère managériale et numérique. Ce qui est véritablement en jeu dans une politique nationale, c’est le sens de l’existence de la nation ou, en d’autres mots, le projet de société.
 
On peut s’accrocher à l’identité comme à une bouée. C’est ce que font certains courants nationalistes d’extrême-droite européens, mais ils n’arriveront qu’à bâtir des nations autoritaires repliées sur elles-mêmes, saisies par la peur et la haine de l’autre. Le communautarisme comme le nationalisme identitaire n’offrent pas de résistance à la globalisation néolibérale, car ils participent, chacun à leur manière, de l’antipolitisme qui la caractérise. Dès lors, opposer le nationalisme identitaire au nihilisme capitaliste ne nous sort pas de ses griffes ; au contraire, cela nous y enserre désespérément, comme le fascisme avant lui.
 
La table semble donc mise pour la convergence des partis indépendantistes, dans un souci historique de contrer l’accaparement de la souveraineté populaire par une élite oligarchique transnationale, en redonnant sens à un projet de société qui ait des résonances tant sur les plans politique, économique et écologique que social et culturel. Certes, QS, le Parti québécois et Option nationale ne sont pas réductibles les uns aux autres, mais ils peuvent néanmoins œuvrer ensemble à faire aboutir la fondation politique de la nation québécoise qui tarde à advenir, en misant sur les forces vives de la société et sur la mise en route d’une assemblée constituante.
 
Dans cette perspective, QS pourrait désormais avoir la mission singulière d’offrir un programme politique irremplaçable – dans la mesure où il sortira des vœux pieux et de la liste d’épicerie des vertus sociales. C’est celui d’incarner au Québec une certaine idée du socialisme, si du moins on renoue avec le sens qu’en donnait, au début du XIXe siècle, l’un des premiers à utiliser le mot, Pierre Leroux, à savoir un projet qui défend la société contre l’individualisme des rapaces, et la liberté contre l’assujettissement.


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Vidéo Soirée Relations

Vous avez raté notre Soirée Relations du 24 avril dernier sur les violences faites aux femmes?
Vous pouvez maintenant visionner la vidéo des interventions faites par Eliane Legault-Roy, Nicolas Lévesque et Aurélie Lanctôt.

En librairie


Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de Relations, signe ce premier ouvrage intitulé Le désert et l'oasis. Essais de résistance (Nota Bene, 2016). Préfacé par Yvon Rivard, ce livre regroupe une cinquantaine de textes de l’auteur, publiés principalement dans Relations entre 2003 et 2015. Il est parmi les finalistes des Prix 2017 de Communications et Société, catégorie Essai.


Lire «Jean-Claude Ravet, l'homme révolté», l'excellente recension de Louis Cornellier, parue dans Le Devoir du 7 janvier 2017.

Écouter les émissions C'est fou (5 février) et Désautels le dimanche (20 novembre) où Jean-Claude Ravet était invité à Radio-Canada.
Dans les médias

Jean-Claude Ravet est l'un des collaborateurs de Foi et turbulences, à Radio VM, disponible en baladodiffusion et en fichiers mp3. Cette émission, produite par le Centre culturel chrétien de Montréal, est en relâche estivale.

Karima Brikh a parlé de notre dossier sur les luttes autochtones des Amériques et de notre débat sur l’ère « post-vérité » à l’émission Gravel le matin le 12 mai (extrait à 8h19).

«Pâques, mémoire des oubliés et hymne à la vie», un texte de Jean-Claude Ravet dans Le Devoir du 15 avril.

Notre dossier «Violences - Entendre le cri des femmes» et l'article d'Aurélie Lanctôt en particulier ont attiré l'attention de Karima Brikh à l'émission Gravel le matin (extrait à 8h25) le 5 avril.

Josée Blanchette cite l'article de Will Prosper dant notre dossier sur les violences faites aux femmes dans Le Devoir du 31 mars.

Une version du texte de Sylvie Gagnon, «Pour contrer le phénomène des femmes soumises au travail forcé», dans Des idées en revues, Le Devoir, 28 mars.

D'autres échos médiatiques ici
Festivités du 75e anniversaire

 

À découvrir : des extraits vidéo du spectacle de poésie et de musique du 75e, notre série vidéo du 75e, la vidéo de la conférence de Jean Bédard (incluant la lecture d'un manifeste de Joséphine Bacon et Laure Morali), la vidéo de la conférence-débat «Des revues en résistance» et, aussi, Relations dans les archives numériques de la BAnQ.

Vous aimeriez vous procurer notre trilogie anniversaire? Rendez-vous dans la section «Acheter un numéro».

 

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