Centre justice et foi
 
logo CJF

Relations no 747
mars 2011

Sommaire détaillé

Des questions sur votre abonnement numérique ? Consultez notre Foire aux questions (FAQ).


Pour être informé de nos nouvelles parutions, inscrivez-vous à notre liste d'envoi 

 

 Article - REVUE RELATIONS

  L’Affaire silicose, un dossier explosif

Suzanne Clavette

Cahier des chroniques du 70e anniversaire
L’auteure est historienne 

Peu après la Deuxième Guerre mondiale, quelques fonctionnaires et médecins avaient confirmé à l’équipe de Relations une réalité troublante : des mineurs mourraient toujours au Québec à la suite de l’inhalation de poussières d’amiante ou de silice sur leur lieu de travail, triste réalité sur laquelle les gouvernements préféraient fermer les yeux. Outré, un collaborateur franco-américain, Burton Ledoux, consacra de longues heures à étoffer le dossier. Dans un premier temps, il s’intéressa à un petit village des Laurentides, Saint-Rémi d’Amherst, où était exploitée une mine de silice à ciel ouvert.

Mars 1948, avec « La silicose » en gros titre, Relations publiait les résultats de son enquête, précédés d’un éditorial de Jean-d’Auteuil Richard intitulé « Les victimes de Saint-Rémi sont nos frères… », suivi d’une liste d’une cinquantaine de travailleurs décédés, dans la fleur de l’âge, entre 1933 et 1947. On y apprenait également qu’une trentaine de résidents de ce village d’à peine 160 familles étaient gravement atteints de la silicose. L’article de Burton Ledoux, qui occupait 20 pages, permettait aux lecteurs de saisir la gravité de la situation. Pas étonnant que les 15 000 exemplaires de ce numéro s’envolèrent en un temps record. Grâce à sa publication dans Ma paroisse, diffusée dans toutes les églises, l’article atteignit tous les coins du Québec. 

En cette veille d’élections provinciales, la réaction du camp adverse sera sans précédent. D’abord, Maurice Duplessis, désireux d’être réélu, ne voulait pas voir cette délicate question venir l’embêter. Sa réaction sera d’autant plus forte que l’article en question établissait un lien direct avec les gisements de fer de l’Ungava qu’il venait de céder à de puissants intérêts financiers. C’est que la mine de silice de Saint-Rémi était la propriété d’une compagnie contrôlée par le vaste empire des Timmins, la Noranda Mines, laquelle s’était associée à son pendant américain, le groupe Hollinger, pour obtenir l’exploitation des fabuleux gisements récemment découverts dans le Nord québécois, devenue très attrayante à cause de l’épuisement prochain des mines de fer de nos voisins du Sud. Au surplus, Burton Ledoux révélait que M. A. Hanna Co. de Cleveland (Ohio), une filiale du puissant groupe américain National Steel, détiendrait un quart des intérêts dans les entreprises Timmins en Ungava. À cause de la mise à jour de ces liens financiers, se trouvaient combinés silicose, faucheuse de mineurs canadiens-français, et minerai de fer, convoité par les Américains et concédé à bas prix. Un dossier explosif!

Dès la sortie du numéro, la famille Timmins lancera son offensive. D’abord, elle obtient la publication d’une longue réplique des compagnies minières qui contestent certains faits contenus dans l’article de Ledoux (Relations, mai 1948). Ensuite, ses pressions et menaces de poursuites judiciaires visant la Compagnie de Jésus sont si fortes que le Père provincial demande au directeur de Relations, Jean-d’Auteuil Richard, de signer une rétractation que les Timmins désirent voir paraître. Devant le refus de ce dernier, Mgr Joseph Charbonneau, archevêque de Montréal, prend en charge le dossier. Mais lui aussi cède aux pressions du puissant groupe financier, laissant le champ libre au provincial : Relations sera décapitée, son directeur muté au loin (à Sudbury) et une nouvelle direction nettement conservatrice placée à sa barre. Cette dernière publiera la controversée rétractation dans le numéro de juillet 1948. Seule consolation – notamment pour l’équipe consternée – une page couverture exceptionnellement tout en noir annoncera la « rectification ». Du côté de Saint-Rémi, la compagnie minière décida de fermer ses portes et de tout raser, faisant ainsi disparaître les preuves les plus incriminantes.

La longue éclipse de Relations était entamée. En effet, la revue conservera un ton modéré et peu critique durant les huit années à venir. Ainsi, Burton Ledoux devra se tourner vers Le Devoir pour publier, en janvier 1949, son second article, cette fois sur l’amiantose à East-Broughton. C’est seulement à partir de mai 1956 que le ton changera, après l’arrivée d’un nouveau directeur, Richard Arès, et le retour de Jacques Cousineau, un des fondateurs de la revue écarté lui aussi en 1948. Relations pourra alors enfin exercer de nouveau sa liberté de parole et joindre sa voix au petit groupe d’opposants à Maurice Duplessis.  

Le journalisme d’enquête alors pratiqué par Relations, en particulier ce dossier « silicose », aurait été salué au moment de la Révolution tranquille. Mais, en 1948, quatre ans seulement après le retour au pouvoir de l’Union nationale, il lui a été fatidique. Son directeur limogé, la revue s’est retrouvée bâillonnée. Une résistance passive, silencieuse et sans éclats de voix, lui serait seulement permise. Seuls le temps et une meilleure conjoncture lui permettront de relever la tête et de reprendre sa pleine expression.

Comme le Québec, aux heures sombres, elle a survécu…[1]

 

[1] Pour en savoir davantage sur ces événements, voir Suzanne Clavette (dir.), L’Affaire silicose par deux fondateurs de Relations, Québec, PUL, 2006.


© Revue Relations/Centre justice et foi. Tous droits réservés. Crédits | Reproduction autorisée avec mention complète de la source.
Forum social mondial

Festivités du 75e anniversaire


Un immense merci aux artistes qui ont fait de notre spectacle du 15 mai dernier un moment absolument mémorable! Merci aussi à tous ceux et celles qui se sont joints à nous en grand nombre - la salle du Gesù était comble - pour souligner en beauté ce rare anniversaire. Une galerie de photos rend compte de l'événement sur notre page Facebook (il n'est pas nécessaire d'avoir un compte pour l'apprécier). Le très beau texte d'ouverture de Jean-Claude Ravet peut aussi désormais être lu sur notre blogue.
Lire le communiqué

Les activités soulignant notre 75e anniversaire ont pu être réalisées grâce à l'appui financier de : Patrimoine canadien, Le Devoir, Groupe financier Banque Nationale, Kateri Roy, Valeurs mobilières Desjardins. Merci aussi au Centre de créativité du Gesù, aux Archives des jésuites au Canada, à la Bibliothèque centrale et au Département de sciences des relitions de l'UQAM de leur collaboration.

À découvrir : Notre série de vidéos avec Jean-Claude Ravet, Eve-Lyne Couturier, Michel Seymour, Ianik Marcil, Catherine Foisy et Marie-Célie Agnant qui offrent leur regard sur la revue.

À visionner en ligne : la vidéo de la conférence de Jean Bédard du 7 mars dernier, suivie de la lecture d'un manifeste de Joséphine Bacon et Laure Morali, et la vidéo de la conférence-débat «Des revues en résistance» qui a eu lieu le 12 avril.


Aussi, le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) permet désormais de lire tous les numéros de Relations depuis 1941 (excluant ceux des trois dernières années, réservés aux abonnés). Lire le communiqué
Félicitations aux lauréats!


La remise des prix de notre concours d'écriture étudiant a eu lieu le 15 mai dernier, au Gesù, à Montréal. Félicitations aux trois lauréats : Hugo Bonin (UQAM et Paris-8), Emanuel Guay (Université Laval) et Marie-Laurence Rancourt (Université Laval). Merci et bravo également à la soixantaine de participantes et de participants du concours. Lire le communiqué
Prix d’excellence

La revue Relations était en nomination pour un des Prix d'excellence 2016 de la SODEP, pour le texte « Mes langues à moi sont toutes mortes » de Rodney Saint-Eloy, publié dans son édition de juin 2015. Lire le communiqué    

En mars dernier, Relations a remporté le prix d'excellence Lyse-Daniels 2016, volet international, décerné par Impératif français. Lire le communiqué
Dans les médias

La saison de l'émission Foi et turbulences, à laquelle participe Jean-Claude Ravet à Radio VM, est terminée, mais les extraits sont disponibles en baladodiffusion.

«Les défis du FSM 2016 à Montréal», signé par Roger Rashi, repris dans Presse-toi à gauche le 2 juin.

«Faire place à l'avenir» de Diane Lamoureux, dans la rubrique Des idées en revues du Devoir le 31 mai.

Élisabeth Garant en entrevue à Questions d'actualité à radio vm le 10 mai.

Plusieurs autres échos médiatiques ici

 

  © Revue Relations / Centre justice et foi. Tous droits réservés. Crédits